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Tom Lehrer critica (cantando) a Sociologia “matematizada”. Vale a pena ouvir!

1968 : la jeunesse s’empare de la vie privée. 2008 : la victimisation fait la loi. (Entrevista a Alain Touraine - Quotidien)

Alain Touraine, quel âge aviez-vous en 68, que faisiez-vous, où étiez-vous ?

Alain Touraine : En 68, j’ai 43 ans. Je suis professeur, puis directeur du département de sociologie à Nanterre. Nanterre a été fondée en 1965 pour créer une université nouvelle contre la Sorbonne. Je suis arrivé l’année suivante dans le même esprit et je n’y suis resté que trois ans, car rapidement, Nanterre a été en pleine décomposition. J’ai donc passé trois ans comme professeur de sociologie à Nanterre. Une position très privilégiée, car j’ai pu mesurer ce qui était en train de se passer. Nous avons eu une première grève en 1967 - une sombre histoire sans intérêt de comptabilité de cours suivis - mais elle m’a préparé à l’agitation. En février 1968, j’ai d’ailleurs publié deux articles dans le Monde disant qu’il se passait quelque chose à Nanterre, ce qui laissait tous mes amis sceptiques.

Quelle était la nature de cette agitation ?

A.T. : Nanterre était un lieu perdu, et pour arriver à la tour C (philosophie, sociologie), il fallait sauter sur des bidons posés dans une mare d’eau. Cet endroit ignoble avait des effets très favorables, car enseignants et étudiants vivaient ensemble du matin au soir. Très souvent, je déjeunais avec Cohn-Bendit, avec qui je m’entendais bien et qui venait suivre mon séminaire à Paris. Nanterre avait aussi des «maisons d’étudiants» pour les internes. C’est ce thème de la vie des jeunes et leurs libertés, notamment sexuelle, qui a tout déclenché.

Ce sont donc de questions de mœurs qu’on discutait à Nanterre ?

A.T. : Des «groupuscules» régnaient sur la Sorbonne: les trotskistes, les maoïstes, tandis que Nanterre était dominé par le groupe du 22 mars : des anarchistes, avec, chez Cohn-Bendit personnellement, un fort contenu anticommuniste. Les thèmes culturels étaient plus visibles à Nanterre. Exemple : Nanterre est occupé le 22 mars, quelques portes et fenêtres sont brisées et la machine universitaire réunit un conseil de discipline pour juger ces jeunes gens. Interdits d’avocats, ils avaient le droit de choisir un professeur. Nous nous sommes retrouvés à trois ou quatre, notamment Paul Ricœur et moi-même (j’avais personnellement à défendre Cohn-Bendit et sa petite bande). Le président interroge les «casseurs» : «Le 22 mars, vous étiez à la faculté ? - Non, dit Cohn-Bendit, je n’étais pas à la faculté. - Où étiez-vous ? - J’étais chez moi - Et que faisiez-vous chez vous à 3 heures de l’après-midi ? - Je faisais l’amour, M. le président, ça ne vous est sûrement jamais arrivé.» Voilà pour le ton.

Marcela Iacub, c’est à vous de vous présenter…

Marcela Iacub : Je suis arrivée en France en 1989. En mai 1968, j’ai exactement 4 ans et je vis en Argentine. L’Amérique latine a connu des mouvements proches de ceux qui se déroulaient en Europe. Mais là-bas, le sort des jeunes qui manifestaient pour les mêmes thèmes que ceux débattus ici en mai 68 fut tragique. C’est vrai que ces révoltes de jeunes ont fini par coïncider avec les coups d’Etat en Amérique latine, et les dictatures militaires les ont réprimées dans le sang alors qu’il n’y avait pas de risques insurrectionnels comme on l’a prétendu : c’était le maccarthysme exporté en Amérique du Sud par les Etats-Unis. Pendant la période de la dictature militaire, être jeune était devenu dangereux. On a retrouvé des charniers de gamins de 13 ans assassinés parce qu’ils avaient organisé une mobilisation afin de payer moins cher un ticket de bus pour aller à l’école. Voilà pourquoi je trouve magnifique cette révolte française sans violence et qui a eu énormément d’effets sur la société.

A.T. :La violence était d’expression et de libération de la parole.

M.I. : Ce n’est pas une violence ça, c’est la liberté.

A.T. : Une liberté sans fin. 68, c’est l’invasion de la sphère politique par la culture et la vie privée. Les étudiants ont un langage très ouvriériste mais il n’y a aucun contact réel avec la classe ouvrière, ce sont deux mondes complètement différents. Même s’il parle politique ou social, c’est un mouvement qui n’est ni fondamentalement politique, ni fondamentalement social.

M.I. :Je crois cependant que, sans le savoir, les protagonistes de Mai 68 réclamaient des changements dans le registre des mœurs qui étaient en fait déjà en préparation. Il y a à cette époque une véritable crise du modèle de la famille, du mariage comme institution dont les politiques publiques sont bien conscientes. Il fallait substituer ce modèle. La liberté sexuelle était le nom que l’on donnait à la sexualité qui devait s’organiser en dehors de l’institution du mariage.

A.T. :Ils avaient quand même un sentiment de grande rupture et d’innovation. On a vécu soudain dans un monde où on n’avait pas mis les pieds avant. La France sort d’une série d’événements majeurs qui donnent tout l’espace au public : les guerres, puis la reconstruction, ensuite les guerres coloniales. On se préoccupe du domaine économique, on reconstruit des usines. Mais des logements, non. Il a fallu quelque huit ans pour se rendre compte qu’il fallait en construire. La guerre d’Algérie s’achève en 1962. Règne Pompidou [ Premier ministre de 1962 à 1968 , ndlr], qui n’est pas spécialement un homme ouvert à la jeunesse. Quand on arrive à ces années-là (1965-1967), tout a été plus ou moins remis sur les rails dans la vie économique, mais rien dans le domaine de la vie privée. L’essentiel de 68, c’est de faire émerger d’abord le concept de jeunesse, c’est-à-dire une catégorie qui se définit par son rapport à la vie privée.

M.I. : Il n’y a pas que les jeunes qui ont une vie privée.

A.T. :Quand je dis jeunesse, il ne s’agit pas d’une catégorie sociale, ni politique. La notion de jeunesse a d’ailleurs donné lieu à des discussions. Pour Bourdieu, par exemple, la jeunesse n’existe pas. La jeunesse bourgeoise, c’est la bourgeoisie jeune. Je ne partage pas cette opinion. Il s’agissait là de donner la priorité à l’expression de soi en tant non pas seulement qu’étudiant mais en tant que jeune. C’est nouveau, la France ayant toujours été en retard du point de vue des représentations de la vie privée.

M.I. : Pas vraiment car elle a été longtemps un pays d’avant-garde dans ce domaine. Après la Révolution de 1789, c’était le seul pays occidental qui avait aboli les crimes liés à l’hérésie comme la sodomie, la zoophilie ou l’inceste. En Angleterre, on pend encore des homosexuels en 1860, le concubinage est interdit en Suisse à cette même époque.

A.T. :Peut-être, mais en Angleterre, les femmes ont le droit de vote après la Première Guerre mondiale, les Françaises attendront 1945. Il est vrai qu’elles avaient une place dans la vie culturelle très importante.

M.I. : Les Anglaises et les Américaines ont eu en effet des droits politiques plus tôt, mais sur le plan des mœurs, la France est jusqu’au début du XXe siècle un pays exemplaire.

A.T. : J’ajouterais que la France est dominée pendant deux cents ans par la lutte entre l’Eglise et l’Etat. La moitié de la population, qui est du côté de l’Etat, est libérale ; l’autre moitié, proche de l’Eglise catholique, très conservatrice. En 68, les étudiants sont majoritairement issus d’une classe moyenne où la proportion des catholiques au sens large du mot est encore élevée. Pourtant, les intellectuels et les militants contre l’Eglise ont donné un ton très libérateur, très revendicatif. Et l’autonomie de la jeunesse, définie par le fait que le culturel commande, c’est quand même Mai 68 qui l’a inventée. Prenez le mouvement surréaliste, Dieu sait que l’homosexualité y est présente, mais pas la jeunesse. Jusqu’en 1962, pendant les guerres coloniales, on ne parle pas de jeunesse, on parle d’insoumission.

En France, la loi Neuwirth date de 1967. La libéralisation de la contraception est nettement antérieure dans plusieurs pays d’Europe…

M.I. : Ce retard pris sur la contraception et l’avortement en France tient à la politique de natalité. A la fin du XIXe siècle, la France commence à se préoccuper de sa population, qui doit être en bonne santé et beaucoup plus nombreuse, pour faire des soldats. Il faut procréer à tout prix, on encourage les femmes célibataires à faire des enfants en leur donnant des moyens juridiques et économiques. La contraception est alors une atteinte, voire une trahison à la patrie. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, même si l’avortement est interdit, on trouvait des petites annonces de «faiseuses d’anges» dans les journaux. Il y avait aussi beaucoup d’infanticides, mais les poursuites étaient rares. Soudain, arrive une campagne folle contre la contraception et l’avortement qui donnera la loi de 1920. D’autres pays ont opté pour des politiques de «sélection», l’idée étant que tout le monde ne devait pas se reproduire. Ces pays-là - en dehors de l’Allemagne nazie - ont validé plus simplement la contraception depuis les années 30. L’un des effets de la première grande crise du mariage napoléonien, au début du XXe siècle, a été de reconnaître à l’enfant naturel une place, certes inférieure à celle de l’enfant légitime, pourvu que la France compte plus de citoyens. Néanmoins, les stigmates sociaux qui accompagnaient les enfants naturels ont fait que leur nombre est resté bas et relativement constant du début du XIXe siècle jusqu’aux années 70. Depuis, ce nombre a explosé : le monde privé n’est plus tenu par le mariage.

A.T. : Il y a une perte de contrôle sur les comportements.

M.I. : Je pense qu’il s’agit plutôt d’une volonté de réorganiser la société à partir d’autres fondements que le mariage. La sphère privée s’organisera désormais autour de la sexualité. Le pivot des nouvelles familles sera la femme fertile qui décide de faire naître, ou pas. Bref, la mère désirante.

A.T. : L’argument de la libération de la contraception en 1967 était qu’elle limiterait l’avortement (ce qui ne s’est d’ailleurs pas produit). Bref, les légitimations sont d’un ordre social. En 68, ce n’est plus ainsi qu’on voit les choses, et la grande affaire, c’est l’autonomisation d’un secteur - celui des mœurs - qui n’est plus commandé par l’Etat.

M.I. : Je pense au contraire que jamais la sexualité n’a été autant organisée et surveillée par l’Etat. Après les réformes des années 70, l’Etat a été partout présent dans la vie privée. C’est un peu le paradoxe de 68.

Les lois qui suivent rapidement la révolte de Mai sont tout de même de bonnes lois…

M.I. : Bien sûr. C’est une bonne chose qu’en 1970, une loi autorise l’autorité parentale conjointe ; qu’en 1972 on reconnaisse l’égalité des enfants légitimes et naturels, ce qui fait définitivement exploser le mariage. Après vient la majorité à 18 ans en 1974, le divorce par consentement mutuel en 1975, l’avortement cette même année. Il est incontestable que les années 70 ont fondé un nouvel ordre sexuel et familial. Mais les choses se gâtent à partir de 1975, quand apparaissent des groupes gauchistes qui réclament de la répression, luttent pour de la prison. Je parle des groupes féministes sur la question du viol. A la fin du XIXe siècle, les juges considéraient que les peines contre les violeurs étaient trop dures. Ils appliquaient du coup une infraction mineure, l’outrage public à la pudeur, et des peines moins lourdes. Mais cette tendance commence à s’inverser à la fin des années 40. Après, c’est l’explosion. Le combat des féministes, à partir de 1976, contre le viol s’inscrit dans cette politique judiciaire antérieure, mais il est particulièrement surprenant de la part d’une avant-garde. Et c’est un grand tournant : la prison est censée nous sauver du mal mâle. Un tournant d’autant plus curieux qu’au même moment, d’autres parlent d’abolir la prison. De là aussi sont nées des dérives du genre «toute relation sexuelle est un viol». Pour moi, c’est la fin de 68. Penser la prison comme un salut, c’est plutôt stalinien.

A.T. :Ce que vous dites n’appartient pas aux revendications culturelles de 68. A partir de 1975, on entre en période libérale ; l’économie administrée dans tous les pays du monde recule, et en moins de dix ans, le monde devient libéral. Or traditionnellement, ceux qui sont libéraux économiquement sont répressifs culturellement. C’est le début d’un processus répressif qui à l’heure actuelle est extraordinaire. Entre le milieu des années 70 et aujourd’hui, nous avons assisté à une régression énorme. Ce qui se discute sur la prison à vie des délinquants sexuels susceptibles de récidive était impensable il y a trente ans.

Chaque loi régressive adoptée, même contestée, renforce le champ liberticide.

M.I. :C’est évidemment ce qui se passe depuis plus de trente ans en France. Mais reprenons le modèle de la famille napoléonienne. Je n’en suis pas une apologue, mais à l’époque, l’Etat avait délégué au privé le soin de régler les mœurs (au sein de la famille principalement). Du même coup, il ne s’immiscait pas dans les relations entre les individus. La sexualité a donné à l’Etat un magnifique moyen de concevoir le mal infini que chaque individu peut faire à l’autre. L’idée est aujourd’hui ancrée que dans nos relations interindividuelles, les individus sont capables de se produire des maux atroces, et que l’Etat doit se poser en tiers arbitre. Ainsi légitime-t-il une répression pénale de plus en plus forte. Au lieu de nous méfier de l’Etat, nous nous méfions de nos proches et de nos moins proches et demandons à l’Etat de nous protéger.

En devenant le moteur de la révolte, la sexualité aurait donc ouvert la voie aux femmes qui auraient réclamé de l’Etat des lois répressives pour les protéger…

M.I. : C’est vrai aujourd’hui pour toute la population. Désormais, tous les sujets sont censés être vulnérables. Et toute la démagogie pénale actuelle est celle de la victimisation.

A.T. :Nous avons en effet assisté à une transformation du féminisme en non-féminisme, c’est-à-dire en dénonciation de la femme victime. La femme n’est plus actrice comme elle l’était encore depuis le début du siècle. Aujourd’hui, on ne croit plus à l’action. Croire à l’action, c’était croire à l’action politique contre les monarques et surtout croire au mouvement ouvrier. Or le mouvement ouvrier disparaît à partir des années 70 et de ce moment-là, en l’absence de mouvements visibles, une définition négative va dominer la vie intellectuelle - Bourdieu étant le cas extrême : «Je définis quelqu’un par ce qu’il subit.» Mais ce quelqu’un est supposé incapable de réagir parce qu’il est pris dans des systèmes de manipulation, de justification idéologique. Les femmes ne sont pas les seules emportées par cette idée. 68 est tout à fait autre chose. Et après cette révolte, on assiste en effet à un recul qui n’intervient pas seulement du côté de l’Etat, il existe aussi, et surtout, dans la société française tout entière. On peut dire que finalement, les idées de 68 ne prennent pas. Certes, les mœurs changent, mais ce qui se passe en 68 n’est pas capable de s’affirmer. Prenez l’homosexualité : on reste au stade de la tolérance. La visibilité de l’homosexualité est extrêmement faible en France.

M.I. : Pour moi, le mieux qui puisse arriver à quelqu’un, c’est d’être invisible à l’Etat.

A.T. :Ce n’est pas seulement le fait que l’Etat s’empare des choses, c’est aussi que les acteurs sociaux ont disparu.

Pourquoi un tel renoncement ?

A.T. : Les thèmes politiques n’existent plus guère, on n’est menacé ni de fascisme, ni de monarchie, ni de révolution. Les mouvements sociaux qui se retrouvaient sur le thème de la culture ouvrière et de l’anticapitalisme disparaissent. Du coup, tout le monde est d’accord pour dire que ce qui se passe est l’effet d’une domination. On n’est donc pas responsable.

M.I. : Je persiste à penser que les réformes sur la vie privée ont conduit les gens à penser que l’Etat était du côté du bien. Jusqu’alors, personne ne croyait que les juges étaient les mieux placés pour organiser la société. Or, dans les années 70, commencent à disparaître d’autres normativités sociales et on va vers le tout juridique.

A.T. : Au risque de me répéter, je crois qu’avec la fin du mouvement ouvrier, la fin de l’existence de l’Union soviétique et avec la montée de l’Amérique, la scène sociale française se vide. A ce moment-là, il y a de la violence, et s’il y a de la violence, il y a intervention de l’Etat au nom de l’ordre. Et les gens demandent à être protégés.

M.I. : Pas seulement protégés. L’idée qu’il puisse exister des formes de vie multiples dans la même société sans que l’Etat ne les organise directement est complètement morte. A tel point que l’Etat prend de plus en plus une sorte de pouvoir spirituel. Quand on crie à la perte des repères, c’est que l’Etat veut imposer les siens.

Le premier, Luc Ferry s’en est pris à Mai 68, responsable, selon lui, d’un individualisme stérile. Du coup, l’individu fragilisé se serait tourné vers l’Etat faute de groupe de soutien .

A.T. : Je pense que l’individualisme peut être la décomposition du social, mais qu’il est aussi autre chose. L’individualisme peut être par exemple communautaire, au sens d’individus qui partagent les mêmes opinions.

M.I. : L’Etat se plaint qu’il n’y a plus de repères alors qu’il a cassé toutes les instances intermédiaires susceptibles de les créer. Ces instances produisaient des normes disciplinaires, morales, de politesse. Et elles en étaient aussi juges. Aujourd’hui, la confusion est de plus en plus forte entre le droit et la morale. Les romanciers du XIXe siècle, et jusqu’aux années 30 - Balzac est sans doute le plus intéressant - n’avaient pas cessé de mettre en scène ces distinctions entre le droit et la morale. Le droit apparaissant comme quelque chose d’extérieur aux individus et comme une machine arbitraire. La société devait faire avec. Aujourd’hui, le droit apparaît comme une instance salvatrice.

A.T. :L’une des caractéristiques françaises, en effet, est que l’Etat a voulu à la fois être la loi et la morale. L’école publique est une école morale. Les déclarations, les textes montrent qu’on a remplacé la religion par une religion laïque, de progrès. En 68, l’idée est née qu’il pouvait y avoir une morale à partir des conduites personnelles, alors même que l’Etat de Jules Ferry était devenu purement répressif : si l’Etat donne de la liberté, c’est pour combattre le monopole catholique. Le contrôle moral jusqu’avant 68 est exercé par l’Eglise catholique. L’Etat a donc eu le rôle de lutter contre.

M.I. : En fait, la séparation de la religion du droit est nettement plus ancienne. A partir de la Révolution, le mariage n’est plus obligatoirement religieux, la religion n’a pas une importance fondamentale dans les relations des parents vis-à-vis des enfants. L’émancipation du droit de la religion commence à partir de la Révolution. Même la répression de la contraception et de l’avortement est davantage liée aux politiques natalistes que religieuses.

Pensez-vous qu’on peut parler d’un héritage de 68 en matière de mœurs ? Cet héritage est-il positif ou négatif ?

A.T. : 68 est quelque chose d’extrêmement neuf, que le système politique et même culturel n’ont pas été prêts à recevoir. On l’accueille en même temps qu’on le rejette. Si on parle autant aujourd’hui de 68, c’est parce que cet événement recommence à avoir un sens. La période dite libérale mise en place en 1970 et 1975 en Europe montre des signes d’épuisement. On recommence donc à se demander sur quoi on peut faire vivre notre société. On ne peut pas vivre sans grand projet. Et le projet consiste à recoudre ce qui a été décousu et déchiré.

M.I. : Mai 68 a-t-il été nécessaire dans l’histoire ? Je dirais que l’intérêt de 68 réside dans le fait que c’était sans doute la fin d’un monde des mœurs, celui de la famille, du mariage, de la pudeur, un monde qui avait aussi sa poésie, même s’il était très violent. Comme dans toute fin de monde, et comme toujours dans des processus révolutionnaires, il y a beaucoup de possibles qui circulent dans les pensées et les projets. Mais les possibles les plus intéressants ont été ensevelis, comme ceux qui pariaient sur la liberté personnelle, et donc sur la créativité et l’imagination, dans la sphère privée. Ce sont les possibles les moins intéressants, comme l’hypothèse du citoyen faible, qui ont réussi. Sur ce plan de la vie privée, je crois que cette révolution a été hélas bien ratée. Cela dit, on peut intervenir sur cet état de fait. Le visage qu’a pris cette modernité n’est heureusement pas inéluctable.

A.T. : Je crois qu’on doit aujourd’hui porter un jugement très positif sur 68, parce qu’il était prémonitoire. 68 était un mouvement d’anticipation, d’annonce de grands changements culturels.

Biografia de Pierre Bourdieu: “Un sociologue « énervant »”, por Marie-Anne Lescourret

Book Review por Jean Dubois (lesechos.fr) 

Celui qui a qualifié Pierre Bourdieu de « sociologue énervant » traduisait bien la difficulté à le classer dans les catégories traditionnelles. Six ans après sa mort, la question reste ouverte : de qui se souviendra-t-on ? Du penseur qui, du haut de sa chaire au Collège de France, a régné sur la sociologie française, ou de l’intellectuel engagé qui s’est fait le défenseur des victimes de la misère du monde ? De l’auteur de plus de quarante livres ou du militant haranguant les grévistes de 1995 en lutte contre l’ultra-libéralisme ? Etait-il, selon le mot de Raymond Aron, ce « chef de secte dominateur » voulant imposer sa vision personnelle de la vie sociale ou le promoteur désintéressé d’une approche vraiment scientifique des comportements sociaux ? Le premier mérite de la biographie que nous livre Marie-Anne Lescourret est de nous inviter à dépasser les caricatures auxquelles se prêtait la complexité de Pierre Bourdieu.

La biographe parvient à nous proposer une clef de compréhension simple. C’est l’intéressé lui-même qui la lui fournit quand il constate : « Je n’ai pas cessé de me trouver dans des situations de décalage ou, mieux, de porte-à-faux, dans mes relations avec le monde intellectuel ». On n’en finirait pas d’énumérer ces situations : c’est, pour commencer, celle de ce petit paysan béarnais soudain transplanté dans le bain parisien de l’Ecole normale supérieure et qui a nourri là « le sentiment d’être un étranger dans le monde intellectuel ». C’est ensuite celle de ce critique féroce d’un système éducatif fait pour les « héritiers », mais qui continue à se voir comme « l’oblat, voué et dévoué » de l’institution universitaire où il restera toute sa vie.

Cette allergie de Bourdieu aux schémas binaires le condamnait immanquablement à ne pas être compris et même souvent à être qualifié de « traître ». Le meilleur exemple en est sans doute le portrait qu’on a dressé de lui comme un apôtre du déterminisme. Certes, il a sans cesse dénoncé l’aveuglement qui empêchait de voir à quel point des comportements qui apparaissaient comme des choix personnels n’étaient, en réalité, que dictés par l’origine sociale ou l’éducation de chacun. Cela l’a conduit à des formules abruptes telles que « nous sommes des automates dans les trois quart de nos actions » ou « les inégalités d’intelligence sont des inégalités sociales ». On en a conclu à une sorte de fatalisme social. Or la conviction de Bourdieu était tout autre : il ne voyait dans la mise en lumière des déterminismes que le moyen de s’en libérer. « On ne peut les combattre qu’à condition de les connaître. » Dans cette perspective, il percevait la sociologie comme une sorte de thérapie. Il était convaincu que l’on ne pourrait « changer le monde » qu’en démontant les mécanismes qui engendrent les blocages de la société et causent les souffrances des hommes.

Il est permis de penser que Pierre Bourdieu se faisait là quelque illusion. Il frôlait la mégalomanie en voyant le sociologue comme sauveur du monde. Mais l’on saura gré à sa biographe d’avoir montré l’unité entre le penseur et l’homme d’action, animés par la même conviction : « Nous naissons déterminés et nous avons une petite chance de finir libres. Nous naissons dans l’impensé et nous avons une toute petite chance de finir comme sujets ». Même si l’on ne partage pas toutes ses analyses, il est difficile, après avoir lu cette biographie, de ne pas respecter celui qui n’a cessé de croire qu’il pouvait réellement soulager la misère du monde.

Estudo aborda tradição da culinária nipônica no Brasil (Itapedigital.com)

Compreender as mudanças ocorridas com a tradição da culinária japonesa após o desembarque dos imigrantes no Brasil foi a motivação que levou o Sérgio Hayashi, formado pela Fundação Escola de Sociologia e Política de São Paulo (FESPSP), a desenvolver o estudo “Percepção sobre hábitos alimentares e tradição”

A pesquisa baseia-se no livro “A história da alimentação no Brasil”, de Luis Câmara Cascudo, e busca averiguar como ocorrem estas mudanças alimentares, uma vez que o Japão está entre as nações tidas como mais conservadoras. Hayashi, que é sansei (neto de japoneses), presta também uma homenagem aos seus antepassados por ocasião do centenário da imigração japonesa, comemorado em junho deste ano.

“Segundo Câmara Cascudo, já em 1967, quando o livro foi escrito, as famílias brasileiras já haviam abandonado o hábito de reunir-se em torno da mesa para a oração diária antes de cada refeição. Nesta época, já era comum que cada pessoa comesse onde tivesse vontade e, lendo algumas dessas coisas, pesquisei os hábitos alimentares dos japoneses que vivem no Brasil para saber como ocorre este processo”, explica o sociólogo.

Durante o estudo, foram entrevistados imigrantes e descendentes de japoneses, entre eles sanseis, nikkeys (termo dado pelos japoneses para designar aqueles que nasceram ou vivem em outros países), e nisseis (filhos de japoneses), que foram indagados acerca de seus costumes alimentares e das mudanças vivenciadas por eles neste sentido.

Ao desembarcarem no Brasil, em 1908, os japoneses - que tinham costume de dormir por volta das 7 da noite - precisaram adaptar seus horários em função do trabalho na lavoura e do funcionamento das escolas, e com isso, conseqüentemente, foram incorporando também os ingredientes típicos brasileiros ao seu paladar, o que ocorre, principalmente, em função do clima tropical.

O estudo, portanto, conclui que houve uma adequação por parte dos imigrantes japoneses na chegada ao país, que era necessária ao seu estabelecimento em terras brasileiras. Do mesmo modo, ao serem questionados sobre sua posição quanto à mistura de ingredientes típicos com o de outras culturas, a maioria dos entrevistados demonstrou não ser assim tão conservador, declarando não ser contra inovações como o uso de maionese ou de manga no sushi, por exemplo.

“Outra informação bastante interessante diz respeito à alimentação dos japoneses desde o Japão. Costumamos acreditar que o sushi e o sashimi, por exemplo, são consumidos diariamente como o nosso arroz e feijão, porém, a comida que os japoneses consomem no dia-a-dia não é nenhuma novidade para nós: os principais são o arroz, o peixe e o lámen, aquele macarrão instantâneo, conhecido como miojo. Sushi e sashimi são para ocasiões especiais, pois a comida no Japão é muito cara”, Hayashi.

El 66% de las mujeres se casaría por dinero (Infobae.com)

El dato surgió de un sondeo realizado en los EEUU que reveló que hay muchos motivos por los que una pareja se casa: “por amor, por obtener legalidad, por curiosidad, por ganas de tener hijos y hasta por aburrimiento”
Según un sondeo de una firma de investigación de riqueza de los Estados Unidos realizada a 1.134 personas, el 66% de las encuestadas y el 50% de los hombres estarían extremadamente dispuestos a casarse por dinero.El sitio “En Plenitud” publicó que las respuestas variaron según la edad: las mujeres de treinta años fueron las más proclives a una respuesta afirmativa mientras que los hombres en sus veinte resultaron los menos interesados en la propuesta.La socióloga mexicana Cielo Cárdenas Marín es una de las que participó de la investigación y aseguró que “las cifras finales son shockeantes, pero están representando una realidad social ya que tanto hombres como mujeres parecen estar de acuerdo en algo: es importante tener dinero y cuanto más se tenga, mucho mejor, hasta me casaría”.

Así planteado, el matrimonio parece no tener una relación directa con el amor y con las motivaciones que culturalmente lo han estructurado. Aseguran que las prioridades fueron cambiando de acuerdo con las necesidades y exigencias sociales.

“Es más probable que una pareja se case cuando tienen dinero y cuando hay una estabilidad, lo cual es lógico, pero de ahí a que cualquiera comprometa su vida a la de otro sólo por dinero es ya una exageración que preocupa por lo masiva que está resultándola opinión tanto en hombres como en mujeres”, agregó la especialista.

¿Todo tiene un precio?
El precio matrimonial varía según la edad y el sexo. Cuando se les preguntó a las mujeres de veinte años, cuán grande debía ser el patrimonio del hombre para casarse, el promedio fue de 2,5 millones de dólares.La cifra desciende a 1,1 millones para aquellas de treinta años y vuelve a ascender a 2,2 millones para las mujeres de cuarenta.Los hombres, tienen exigencias más económicas. El precio promedio fue de 1,2 millones de dólares. Aquellos de veinte años pidieron 1 millón y los de cuarenta, 1,4 millones.

Aquellas mujeres de veinte años que dijeron que se casarían por dinero, el 71 por ciento afirmó que se divorciarían más adelante. Sólo el 27 por ciento de los hombres de cuarenta años coincidió en que se divorciaría en un futuro cercano.

Las causas del casamiento
Hay muchos motivos por los que una pareja se casa: “por amor, por obtener legalidad en el país en donde se esté, por curiosidad, por ganas de tener hijos y hasta por aburrimiento”, aseguró la socióloga norteamericana Marcy Richardson a “En Plenitud”.

“En realidad, no debería espantarnos el resultado de esta investigación ya que al menos refleja de manera sincera lo que los protagonistas piensan y sienten. Quizá, hasta es mejor casarse por dinero y no por aburrimiento o curiosidad que son motivaciones absolutamente inútiles”, agregó.

Para ella, las sociedades han cambiado. Ahora la mujer persigue lo que quiere sin ser pacata y sin tener en cuenta el qué dirán. Si quiere dinero, pues a eso se dirige y no está mal desde el punto de vista de la motivación, opina la especialista.

Gangs, guns and a ‘rogue sociologist’ (BBC News)

  ‘Rogue’ sociologist 

American sociologist Sudhir Venkatesh spent seven years working under the wing of a notorious Chicago gang leader as part of some ground-breaking work on poverty in the United States.

But while the self-styled “rogue sociologist” as been feted for revolutionising the academic discipline, he has also faced criticism - accused of losing his objectivity through “tabloid sociology”.

His academic research has been widely publicised - not least via the bestseller Freakanomics, in which his 2006 study of the economics of crack dealing was the subject of a chapter entitled “Why do drug dealers still live with their moms?”

Now he has stepped out from academia again - this time in literary terms - to pen a memoir on his colourful years spent with the dealers, gang members, squatters, prostitutes, pimps and activists of Chicago’s deprived South Side.

Mr Venkatesh told the BBC about his experiences in an interview with the Newshour programme:


How did you start off?I was a sociologist administering a survey and I walked up to a group of young men and I literally asked them how does it feel to be black and poor - and they laughed at me and they thought I must have been anything else other than a sociologist. And they actually kept me captive for 24 hours because they thought I was a rival gang member. I befriended them slowly and I realised that questions like that weren’t going to get me the access that I needed.The leader of this particular group was a charismatic young fellow named JT, who I write about, and he had a college degree so we had a mutual curiosity. And he told me if you really want to understand what street gangs are like you have to come and live with us and hang out with us, so I eventually ended up moving into this slum community for 18 months over a period of seven years.

I would actually live with people. I couldn’t get an apartment myself and I didn’t want to take an apartment away from somebody, but I had a chance to actually sleep on the couches and the beds inside people’s apartments - and it was an extraordinary level of insight and access that people gave me.

Were people not suspicious of your motives?

I think so, in the beginning certainly and it really took me a good two years to really feel comfortable. There were a lot of people coming in asking questions for a day or two… I decided to just hang around for as long as I could and I think that’s what helped separate me from others.

Weren’t you compromising your objectivity?

I think that was the tension throughout the study, trying to figure out how to balance and involvement with the community, being there all the time and trying to remain objective. This is a very very poor community and it’s a community that’s based on the underground economy, the black market, so you are going to see unpleasant things day to day and you have to work out how to navigate those things without getting personally involved.

I had to witness a lot of things, a lot of beatings, drive-by shootings, episodes of violence and I wrestled with, ‘What does one do?’ I learned very early when I approached the police and I said ‘There’s a lot of illegal activity going on’ - they were the first ones to tell me ‘We can’t prevent crime from occurring, we can only make sure it doesn’t get out of control’. So faced with that quandary, everyone in the community is an accessory because you are living in the middle of a criminal atmosphere.

I didn’t feel compromised because the residents protected me, they gave me safe haven, they actually pointed out where I could and could not go - so I never had to participate actively in any criminality. Simply by the fact that I had to observe it though, that was rather unpleasant.

One of your conclusions was that residents took on the role of the state. Explain.

There was a family who lost their front door - and by lost I mean they couldn’t get it fixed by the housing council and so, what do they do? Well they pay off the local tenant leader who pays off the street gang who then pays off a housing council official to then get the door fixed. It’s in the middle of the winter so there is an extraordinary amount of self reliance: There’s a lot of ingenuity and creativity because the state has effectively withdrawn from this place. In that void the residents come up and act as the janitors, the gang functions as the philanthropists and gives money to children and things like that, because they can’t rely on anyone else.

What about the problems of intimidation?

This is not a cosy atmosphere, the residents would like nothing more than to have a state that worked, to have a charitable base, schools that function - in its place they have to face this difficult situation of either patronising the street gang or doing without. So in situations where they have to put food on the table, they take money from people and participate in a drug economy when they’d much rather prefer not to.

Any conclusions about breaking this cycle?

The state right now in the US is busily destroying and demolishing these council estates and in their place creating mixed income housing developments where the middle class and the poor, the working poor, live together. That experiment is only now starting to get underway and we are seeing signs that when you engage in income mixing, generally it helps to alleviate problems such as gang activity and entrenched criminality.

I think that’s one way out of it, but the problem is that you do have to have a safety net in place for the poor to be able to take care of themselves and we’ll see with the next administration whether that safety net is going to be returned.

Do you have any regrets, did you ever go too far?

I think I had no choice if I was going to study the drug economy , if I was going to study street gangs, there was no choice that I had to observe this sort of thing. I have actually changed the nature of my work now. Now I give informed consent to people i let them know what the risks are of participating in my research - the police know exactly what I’m doing. I was 23 years old at the time and it was very difficult for me, so I learned by making a lot of mistakes along the way.

Mistakes such as overhearing the planning of criminal activity and not telling folks: ‘Listen if you are going to talk about this then I have to leave the room because I will have to report this to the police’. Again in certain instances where I did tell the police they would tell me they can’t do anything about it. So its a Catch-22, and you are not quite sure what to do - that’s the difficulty of living in these places.